Côte d’Ivoire

Deux fractions oligarchiques déchirent le pays

25 mars par Jean Nanga

 

Alassane Ouattara bénéficie d’un soutien quasi unanime de la « communauté internationale », c’est-à-dire des États-Unis, de la France, de l’Union Européenne, du Conseil de sécurité des Nations Unies, de la Communauté économique et douanière des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), etc. Si, au départ, Laurent Gbagbo a bénéficié du soutien de la Russie ou du Mexique, par exemple, celui-ci a été vite perdu. Depuis peu, certains chefs d’État africains à l’instar de Jacob Zuma (Afrique du Sud) ou du président en exercice de l’Union Africaine, le Malawite Bingu wa Mutharika, voire l’un des médiateurs va-t-en guerre, Yayi Boni (Bénin) se démarquent de l’intransigeance de leurs pairs de l’Union Africaine, sans partager pour autant le soutien inconditionnel à Gbagbo, manifesté par l’Angolais Eduardo Dos Santos. Dans l’establishment de l’ancienne métropole coloniale, Gbagbo ne bénéficie que du soutien de certains dignitaires du Parti socialiste français, opposés à la position officieuse de celui-ci, membre de l’Internationale socialiste comme le Front patriotique ivoirien (FPI) de Gbagbo. Quant à l’Afrique des partis politiques et des intellectuels — sur le et hors du continent — elle est sérieusement clivée.

S’il n’y avait pas toutes ces vies fauchées de personnes autres que les principaux acteurs politiques ou les oligarques pendant la crise post-électorale, la situation pourrait être qualifiée de grotesque. Des centaines de morts qui s’ajoutent aux autres victimes de la crise ivoirienne, depuis la tentative de putsch de septembre 2002. Les élections de 2010, censées y mettre un terme, ont ainsi abouti à cet imbroglio tragique, dont les interprétations et prises de position semblent rivaliser d’unilatéralisme et de confusion : « anti-impérialisme », « démocratie », « panafricanisme », voire « socialisme »… sont les étendards que déploient par opposition les différents intervenants au débat.